Pyrénées en camping-car : itinéraire d’ouest en est et les cols à connaître

Camping-car sur une route de col dans les Pyrénées avec les sommets en arrière-plan

Traverser les Pyrénées en camping-car, ça commence souvent par une carte étalée sur la table du salon et une question simple : par où on passe ? La chaîne fait 430 km d’un océan à l’autre, six départements, deux versants. Autant dire qu’on ne fait pas tout en un week-end.

Ce guide trie le vrai du flou. Les cols qui valent le détour et ceux qui demandent un peu de jugeote au volant, un itinéraire de la côte basque à la Méditerranée, des variantes selon que vous avez une semaine ou trois, et le budget réel d’un road trip ici. Pas de liste de cartes postales : du concret pour préparer la route.

La chaîne des Pyrénées d’ouest en est : ce qu’il faut visualiser avant de partir

Les Pyrénées séparent la France de l’Espagne sur 430 km, de l’Atlantique à la Méditerranée. Côté français, six départements se partagent le massif : Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne, Ariège et Pyrénées-Orientales, sans oublier la principauté d’Andorre qui s’invite au milieu. Deux régions administratives, la Nouvelle-Aquitaine à l’ouest et l’Occitanie pour tout le reste.

Le point culminant côté français, c’est le Vignemale à 3 298 m. L’Aneto, lui, monte à 3 404 m mais il est espagnol. Ces chiffres ne vous concernent pas en camping-car (aucune route n’y grimpe), mais ils donnent l’échelle.

Ce qui compte, c’est de comprendre les trois ambiances. À l’ouest, le Pays Basque et le Béarn : vert, doux, des cols sous les 1 100 m, des brebis partout. Au centre, la haute montagne, celle des cartes postales et du Tour de France : Tourmalet, Aubisque, Gavarnie, les sommets à plus de 2 800 m. À l’est, la Cerdagne et le Roussillon catalan, plus secs, plus ensoleillés, avec la mer qui apparaît au bout de la descente. Trois mondes sur une seule chaîne. C’est ce contraste qui rend la traversée intéressante.

Logiquement, un itinéraire se construit d’ouest en est (ou l’inverse). On enchaîne les vallées en passant d’une à l’autre par les cols. Et c’est là que ça devient sérieux.

Les cols des Pyrénées à franchir en camping-car

Voici les cols routiers que vous croiserez sur un grand itinéraire pyrénéen. La dernière colonne donne mon ressenti pour un camping-car standard de 6 à 7 mètrès, pas pour un cycliste.

ColAltitudeSecteurOuvertureAu volant d’un camping-car
Port d’Envalira2 408 mAndorreToute l’année (déneigé)Large, le plus haut, sans souci
Col du Tourmalet2 115 mHautes-PyrénéesJuin à octobre environLong, raide côté Luz, faisable
Port de Pailhères2 001 mAriègeJuin à octobreÉtroit et sinueux, prudence
Col d’Aubisque1 709 mPyrénées-AtlantiquesJuin à octobreLa corniche vers le Soulor impressionne
Col de Peyresourde1 569 mHaute-GaronneToute l’annéeRoulant, sans difficulté
Col d’Aspin1 490 mHautes-PyrénéesToute l’annéeLe plus tranquille, vaches sur la route
Col de Marie-Blanque1 035 mPyrénées-AtlantiquesToute l’annéeCourt mais des pourcentages à 11 %

Le Tourmalet, c’est la star. 2 115 m, le plus haut col routier des Pyrénées françaises, fermé tout l’hiver à cause de la neige. La montée depuis Luz-Saint-Sauveur fait 19 km, ça grimpe sec sur la fin vers La Mongie. Rien d’infranchissable en camping-car, mais réservez ça à un matin où vous êtes frais et où le moteur est froid.

L’Aubisque mérite une mention spéciale. Le col en lui-même passe bien, sauf que la route qui le relie au col du Soulor est taillée dans la falaise, au-dessus du Cirque du Litor. Étroite, à pic, avec des tunnels non éclairés. Beau à regarder, moins drôle quand un autre camping-car arrive en face. Klaxon dans les virages aveugles, c’est le réflexe à prendre.

Le col en lui-même passe bien, sauf que la route qui le relie au col du Soulor est taillée dans la falaise. Pensez à votre chauffage en altitude pour les nuits fraîches.

L’Aspin et le Peyresourde sont les plus cool. Pentes douces, routes correctes, panoramas qui se méritent sans transpirer au volant. Si vous débutez en montagne, commencez par ceux-là. Le Port d’Envalira en Andorre, malgré ses 2 408 m, reste le plus facile de tous : large, bien entretenu, ouvert toute l’année puisqu’il est déneigé. Un tunnel payant existe en parallèle (autour de 7 €) si vous voulez éviter le sommet par mauvais temps.

Conduire un camping-car sur les routes de cols : le vrai sujet

Conduire un camping-car sur les routes de cols : le vrai sujet

C’est la partie que personne ne détaille, et c’est dommage parce que c’est elle qui fait la différence entre un beau voyage et une journée stressante.

La descente d’abord. C’est là que les ennuis arrivent. Sur 15 km de pente à 8 %, si vous freinez en continu avec la pédale, les freins chauffent et finissent par perdre en efficacité. La parade : le frein moteur. On rétrograde en 2 ou en 3, on laisse le moteur retenir le véhicule, et on garde la pédale pour les corrections. Un camping-car chargé, c’est 3,5 tonnes lancées dans la pente. Ça ne pardonne pas l’amateurisme.

En montée l’été, l’inverse : surveillez la température du moteur. Sur le Tourmalet ou Pailhères par 30 °C, l’aiguille grimpe vite. Coupez la clim dans les passages les plus raides (elle pompe de la puissance et chauffe le moteur), et n’hésitez pas à vous arrêter cinq minutes si le voyant s’agite.

Le gabarit, ensuite. Un camping-car de moins de 7 m et de 3 m de haut passe sur la quasi-totalité des cols cités. Le souci, c’est la largeur des routes et les croisements. Sur la corniche de l’Aubisque ou le Port de Larrau, deux véhicules ne passent pas toujours de front. On anticipe, on se range dans les élargissements, on lève le pied. Côté espagnol et en Andorre, le coup de klaxon dans les virages sans visibilité est même attendu.

Dernier point : les épingles. Un camping-car à un rayon de braquage large et un porte-à-faux arrière qui déborde. Dans une épingle serrée, prenez large et regardez votre rétro extérieur, l’arrière balaie plus loin que vous ne le pensez.

Itinéraire Pyrénées en camping-car : la traversée d’ouest en est

Voici la trame d’une traversée complète, façon Route des Cols, d’Hendaye à la Méditerranée. Comptez environ 1 000 km et tablez sur 150 km par jour maximum : sur ces routes, la moyenne tombe vite à 40 km/h.

Départ Hendaye, sur la côte basque. On remonte vers Saint-Jean-Pied-de-Port, vieille cité fortifiée sur le chemin de Compostelle, citadelle Vauban en prime. Première vraie montagne : le secteur de Larrau et ses cols pastoraux.

On bascule ensuite vers le Béarn par le col de Marie-Blanque, court et nerveux, puis l’enchaînement Aubisque-Soulor, le morceau de bravoure de l’ouest. Nuit possible du côté d’Argelès-Gazost, bonne base avec aire de services.

Le lendemain, Luz-Saint-Sauveur et l’attaque du Tourmalet. De l’autre côté, la vallée descend vers Sainte-Marie-de-Campan, puis le col d’Aspin mène à Arreau et le col de Peyresourde à Bagnères-de-Luchon, station thermale où une halte aux bains chauds fait du bien après deux jours de lacets.

Cap sur l’Ariège par les cols de Menté et de Portet-d’Aspet (c’est là que le cycliste Fabio Casartelli s’est tué sur le Tour 1995, une stèle le rappelle). On traverse le Couserans, Seix, la grotte préhistorique de Niaux et ses peintures de bisons. Le Port de Pailhères, 2 001 m, ouvre la dernière partie vers Mont-Louis, place forte Vauban classée à l’Unesco.

Fin de parcours en Cerdagne et dans les Pyrénées-Orientales : Font-Romeu, le Lac des Bouillouses, le massif du Canigou au loin, et la descente finale sur Collioure et la côte Vermeille. La mer, enfin. On a traversé une chaîne entière.

Quel itinéraire selon la durée du séjour

Tout le monde n’a pas trois semaines. La bonne nouvelle, c’est que les Pyrénées se découpent bien.

Une semaine : choisissez un seul secteur. Les Hautes-Pyrénées sont le meilleur condensé. Tarbes ou Lourdes comme porte d’entrée, puis Argelès-Gazost, Cauterets et le Pont d’Espagne, Gavarnie et son cirque classé, le Tourmalet, l’Aspin. Vous restez dans un rayon de 80 km et vous voyez l’essentiel de la haute montagne.

Dix jours : ajoutez l’ouest. Démarrez au Pays Basque (Saint-Jean-de-Luz, Saint-Jean-Pied-de-Port), remontez par Marie-Blanque et l’Aubisque, puis enchaînez sur le programme des Hautes-Pyrénées. Vous aurez goûté à deux des trois ambiances.

Deux à trois semaines : la traversée complète décrite plus haut, d’Hendaye à Collioure. C’est le format idéal pour ne pas rouler tous les jours. Prévoyez des journées sans volant, randonnée au Lac de Gaube depuis le Pont d’Espagne, ou farniente à Font-Romeu. Sinon vous rentrez plus fatigué qu’au départ… et ce serait dommage.

Un conseil qui vaut pour toutes les durées : ne calez jamais plus de deux gros cols dans une même journée. Trois, c’est l’overdose de lacets, et le plaisir s’évapore.

Où dormir : aires de camping-car et bivouac dans les Pyrénées

Les aires de services sont nombreuses dans les vallées. Luchon, Cauterets, Argelès-Gazost, Saint-Lary-Soulan, Gavarnie : la plupart des stations en ont une, souvent entre gratuit et 12 € la nuit avec vidange et plein d’eau. En haute saison, certaines affichent complet dès 18 h, surtout autour de Gavarnie. Arrivez tôt.

Les applications type Park4night ou CampingCar.Info recensent les aires et les spots sauvages, avec les avis des utilisateurs. Très pratique pour vérifier qu’un parking ne vient pas d’interdire les camping-cars (ça change vite).

Côté bivouac, attention dans le Parc national des Pyrénées. Le camping y est interdit, mais le bivouac est toléré : tente ou véhicule, généralement de 19 h à 9 h, et loin des routes accessibles en voiture. En clair, on ne s’installe pas une semaine au même endroit avec table et auvent. Une nuit, discret, ça passe. À plus de 2 000 m, même en juillet, le thermomètre peut descendre sous les 5 °C la nuit. Un bon duvet et un chauffage d’appoint ne sont pas du luxe.

Quand partir : ouverture des cols et meilleure saison

Le calendrier des cols commande tout. Tourmalet, Aubisque, Soulor, Port de Pailhères : ces routes d’altitude ferment l’hiver sous la neige, parfois de novembre à mai. La réouverture dépend de l’enneigement de l’année et des chutes tardives. En 2023, par exemple, le Tourmalet n’a rouvert que début juin. Avant de partir au printemps, vérifiez l’état des routes auprès du conseil départemental concerné, l’info est publiée chaque année.

De fin juin à fin septembre, tout est ouvert. Juillet et août, c’est la grosse affluence et la chaleur en plaine, mais les aires se remplissent et le Lac des Bouillouses passe en accès réglementé : la route est fermée aux véhicules en journée l’été, on monte en navette depuis Mont-Louis. Bon à savoir avant de s’engager avec le camping-car.

Mon créneau préféré, c’est septembre. Les cols sont encore ouverts, la foule est repartie, la lumière est superbe sur les crêtes et les nuits restent douces en vallée. Le revers : la météo se gâte plus vite en altitude. On part avec une marge.

Budget d’un road trip dans les Pyrénées en camping-car

Les Pyrénées restent une destination abordable, surtout comparées à d’autres massifs. Voici un ordre de grandeur pour deux personnes, hors achat de nourriture, sur dix jours.

PosteCoût indicatif (10 jours)
Carburant (env. 900 km, 12 L/100)160 à 190 €
Aires de camping-car60 à 110 €
Péages (autoroute d’approche)30 à 70 €
Visites et thermes40 à 100 €
Tunnel d’Envalira (optionnel)7 €

Deux astuces de portefeuille. Les camping-cars sont en catégorie 2 sur les autoroutes françaises, soit environ 50 % plus cher qu’une voiture : sur les routes de montagne, vous roulez de toute façon sur le réseau secondaire gratuit, donc le poste péage concerne surtout le trajet pour rejoindre les Pyrénées. Et si votre route passe par l’Andorre, faites le plein là-bas : le carburant y est nettement moins cher qu’en France, souvent 0,20 à 0,30 € de moins par litre. Sur un réservoir de camping-car, ça se sent.

Pyrénées ou Alpes en camping-car : lesquelles choisir ?

La question revient souvent. Les deux massifs jouent dans la même cour pour un road trip de montagne, mais l’expérience diffère.

Les Alpes, c’est plus haut, plus minéral, plus spectaculaire au sens brut. La Route des Grandes Alpes enchaîne des cols à plus de 2 700 m comme l’Iseran. Le revers : c’est aussi plus fréquenté, plus cher en aires et en stations, et les routes sont parfois saturées en plein été. Si l’idée de comparer vous tente, on a détaillé tout ça dans notre guide consacré au camping-car dans les Alpes.

Les Pyrénées sont plus basses, plus sauvages, et franchement plus tranquilles. On croise moins de monde, les villages ont gardé leur âme, le Pays Basque et la Catalogne ajoutent une saveur que les Alpes n’ont pas. Le bivouac y est plus simple à pratiquer, les aires moins prises d’assaut. Pour un premier road trip de montagne en camping-car, sans stress et sans se ruiner, je conseille les Pyrénées. Les Alpes, c’est l’étape d’après, quand on a pris confiance dans les descentes.

Questions fréquentes

Peut-on passer le col du Tourmalet en camping-car ?

Oui, le col du Tourmalet se franchit sans problème en camping-car de gabarit standard, de juin à octobre. La route est large et bien entretenue. La seule vraie exigence, c’est la maîtrise du frein moteur en descente, parce que la pente est longue côté Luz-Saint-Sauveur. Évitez par contre les jours de grande étape du Tour de France : la route est alors noire de monde.

Quels cols des Pyrénées sont fermés en hiver ?

Les grands cols d’altitude ferment sous la neige, en général de novembre à mai : Tourmalet, Aubisque, Soulor, Port de Pailhères. Les dates exactes varient chaque année selon l’enneigement. Le Port d’Envalira en Andorre fait exception : il est déneigé et reste ouvert toute l’année, sauf tempête ponctuelle. L’Aspin et le Peyresourde restent souvent praticables plus longtemps.

Quel est le plus haut col routier des Pyrénées ?

Le Port d’Envalira, en Andorre, à 2 408 m. C’est le plus haut col routier de toute la chaîne, et paradoxalement l’un des plus faciles à passer en camping-car : route large, bien revêtue, ouverte en hiver. Côté français, le plus haut est le Tourmalet à 2 115 m.

Combien de jours pour traverser les Pyrénées en camping-car ?

Pour une traversée complète d’ouest en est, de la côte basque à la Méditerranée, comptez deux à trois semaines en roulant sans vous presser (environ 150 km par jour sur ces routes). Avec une seule semaine, mieux vaut se concentrer sur un secteur comme les Hautes-Pyrénées plutôt que de tout survoler.

Le bivouac est-il autorisé dans les Pyrénées en camping-car ?

Le camping sauvage est interdit, mais le bivouac d’une nuit est toléré, notamment dans le Parc national des Pyrénées, en général de 19 h à 9 h et à l’écart des accès routiers. On reste discret, une seule nuit, sans déballer table et auvent. Pour le stationnement classique, les aires aménagées des vallées sont la solution la plus simple et la plus sûre.

Au final, ça vaut le coup ?

Après plusieurs traversées, mon verdict tient en une phrase : les Pyrénées sont le terrain idéal pour goûter à la montagne en camping-car sans se mettre dans le rouge. Les cols restent abordables au volant, les paysages changent tous les 50 km, et on dort presque partout pour pas cher.

Le seul bémol honnête, c’est la météo de l’ouest, capricieuse, qui peut transformer une journée Aubisque en purée de pois. Partez avec de la souplesse dans le planning et un plan B en vallée. Pour le reste, mettez le frein moteur, ouvrez la fenêtre dans la descente sur Collioure, et profitez.

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